Texte D'aurore Languin "sept frères face à une guerre"
La terre gronde, tremble sous vos pieds, un nuage de poussière, comme sorti d’une brèche de la terre même, au loin, se rapproche à une vitesse vertigineuse. C’est une bande massive et fatale qui s’enlève du plus profond du Monde. Tout à l’heure tranquille, la voilà lancée pour une folle course attisée par le vent.
Voilà le bison, l’idée de la force-même, qui se rue sur vous, pauvres mortels qui, ce soir, avez laissé vos fusils préconçus au placard…
Approchez, n’ayez crainte. Ils veulent seulement nous rappeler, ces géants, ces puissants au destin tragique, nous rappeler que jadis ils ont fatalement croisé la route sanguinaire et grandiose de l’homme blanc.
Tigres, baleines, ours et loups, dodos et autres oubliés du règne animal, tous s’unissent derrière le bison, et d’un cri déchirant venu des profondeurs de leur jungle désolée, dénoncent l’homme avide, le conquérant, le commerçant, celui qui n’a cure de la vie qu’il bafoue. Vie bafouée, meurtrie, à jamais altérée sous les coups d’un prédateur de droit divin.
Sous les mains de Mathieu, ces puissants déchus de l’Histoire renaissent et s’élancent dans toute la force et la beauté de leur être. Cavalcade impétueuse, comme dernier sursaut d’une mémoire qui nous hante, visions macabres de prairies ensanglantées, devant lesquelles on ne peut qu’épancher les larmes amères d’un dégoût de nous-mêmes…
Ici revit une époque de plénitude oubliée, vivante par elle-même. Celle des grands êtres puissants et tranquilles, respectés et adulés de leur seul et occasionnel prédateur indien…
Respect sacré entre l’Homme et l’animal, entre l’Homme et la Nature, depuis longtemps relégué au rang méprisé des croyances superstitieuses par la culture occidentalisante, (n’avez-vous jamais remarqué ? Dans «occidental », il y a «occis»)...
Pourtant et bien-sûr, c’est nous-mêmes que nous contemplons, nous-mêmes qui nous est jeté à la figure, à la fois dans toute notre faiblesse, toute notre noblesse. Profondeur bestiale, primitive mais généreuse de la terre, et scintillement divin, éthéré mais cruel du métal.
C’est notre propre dualité que nous montrent ces scènes de vie et de mort. Le caractère grandiose et médiocre de tout être humain, sa générosité et sa cupide faiblesse. Beauté de l’art, horreur de la guerre. Des hommes continuent de donner, de se donner, alors que d’autres ont déjà tout pris, et plus que nécessaire. Accumuler, amasser, commercer, vendre et acheter et tuer…. Ainsi, le bison devient symbole des méfaits de l’avidité et de la fatuité humaines.
Mathieu veut crier, crier une vie oubliée de tous, que pourtant tous, jadis, nous partagions. Il ne s’agit pas de pleurer sur un âge d’or perdu, il s’agit de dénoncer un dérapage. Celui de l’homme belliqueux et conquérant venu d’Occident, vaniteux de sa science, persuadé de sa supériorité et indifférent aux multiples vies, animales et humaines, qu’il démonte petit à petit, à grands coups de génocides et de chasses sanguinaires.
Laissez-vous donc reprendre par la Nature, écoutez ces êtres qui grondent en majesté. Pour un moment, il s’agit de plonger dans un passé pas si lointain, où l’instinct et le cœur l’emportaient sur la raison calculatrice.








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